Magnifique éloge de la Solitude ...

15/02/2017

 

Extrait de L’esprit de solitude - Jacqueline Kelen

 

"Le sentiment poignant d’être, quoi qu’il arrive, toujours seul avec soi même n’a rien à voir avec un problème psychologique: c’est un sentiment métaphysique.

 

 

Tout être humain a ressenti plus d'une fois dans son existence qu'en dépit des circonstances extérieures il est seul au monde. Même s'il est entouré, même s'il vit en famille, et bien que sa réussite professionnelle soit bien établie. Le sentiment poignant d'être, quoi qu'il arrive, toujours seul avec soi-même n'a rien à voir avec un problème psychologique : c'est un sentiment métaphysique. Et il serait très dommage de vouloir s'en guérir ou s'en débarrasser parce que ce sentiment signe en nous la conscience humaine : une conscience qui s'élève au ­dessus des conditions et des besoins de survie élémentaire et qui envisage la mort, le destin, le sens de la vie. Supprimer le sentiment de solitude équivaut à ravaler la personne humaine au rang d'organisme biologique, à l'empêcher de penser.

 

Certes, ce sentiment tragique peut mener à des conduites désespérées, au suicide ou à la dépression, à diverses maladies et névroses ; il peut provoquer aussi toutes sortes d'échappatoires, de l'usage de la drogue à l'abrutissement par les images, le bruit et les gadgets. Il demeure cependant inattaquable. Et il est à la source de la philosophie, de la création artistique, des voies spirituelles. Ce sentiment métaphysique recèle une clef qui ouvre la porte donnant sur le monde immense de la vraie, de la belle solitude. Tourner la clef pour ouvrir la porte, c'est passer de la douloureuse incommunicabilité à la liberté personnelle, à l'étonnement, à l'émerveillement d'être seul au monde, seul à porter son destin, seul à pouvoir aussi le partager. Au lieu de me sentir isolé, coupé de tous, désormais, en tournant la clef, je suis seul à croire en moi, seul aussi à pouvoir faire quelque chose pour moi. Ainsi, je suis entièrement responsable de tout ce qui m'arrive. Haute conscience, seule conscience qui mérite son nom.

 

... Beaucoup de personnes se montrent incapables de vivre à distance les unes des autres. Comme si de se rassembler tenait chaud et permettait de lutter contre le désespoir et la mort. On se croirait parfois aux premiers temps de l'humanité, lorsque les anthropoïdes se serraient en tribus afin de faire face aux intempéries et de partager la nourriture. Qu'est donc ce danger que sans cesse veut conjurer la vie en collectivité si ce n'est la découverte de soi, de ses désirs, de ses rêves personnels, de sa liberté ? Ainsi on continue de vivre ensemble pour éviter de se retrouver seul, pour se croire aimé et protégé, alors que d'être passé par la solitude permet de respecter l'autre, de l'apprécier et de ne pas le charger d'obligations diverses. Libre de tout pouvoir et de toute dépendance, le solitaire sait être heureux sans attendre l'approbation d'autrui. Il a conscience que les jours passent vite, qu'il ne faut pas remettre à plus tard d'aimer, de rire, de connaître, de bâtir. Il se tient volontiers à l'écart d'un monde où règne le cynisme, où s'oublie la ferveur. Il ne se dissout pas dans le genre humain ni dans une vague génération, mais il a le sens de l'amitié - relation d'égalité par excellence -, il favorise les rencontres désintéressées, il aime les personnes avec lesquelles il peut aussi bien se taire que converser. Et il apprécie autant la présence d'un chat, d'un arbre, d'une pierre, que la compagnie des hommes, car tout a valeur à ses yeux. Il se moque bien de plaire ou d'avoir raison. Ce qui lui importe surtout est de ne pas s'avilir, de ne pas abjurer. Ce qu'il déteste le plus a nom insignifiance. D'où une autorité certaine qui émane de lui et qui n'est point un pouvoir. Le solitaire a compris que le but n'est pas d'asser­vir l'autre - c'est si banal et pour soi-même humiliant - ni de le dépasser mais bien d'exercer son courage et de faire l'apprentissage de sa propre noblesse.

 

... Un individu ne devient intéressant qu'à partir du jour où il s'enquiert d'aimer bien plus que d'être apprécié, choyé ou courtisé. Cela peut advenir à n'importe quel âge, à la faveur d'une épreuve ou d'une illumination de conscience, ou bien jamais. La plupart des humains vivent et meurent "seuls", croient-ils, parce qu'en fait ils n'attendaient que d'être aimés. (...)La vie solitaire ressemble à un jardin fleuri : c'est un lieu d'affinités, mais on peut s'y promener et s'y sentir heureux sans être accompagné."

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